La démocratie saisie par l'exception : analyse de la reconceptualisation de la légitimité démocratique sous le régime du C.N.S.P., de 2020 à 2025

Auteurs

  • Sidi Boubacar DIANE

DOI :

https://doi.org/10.5281/zenodo.23315503

Résumé

Résumé 

Depuis août 2020, le Mali est gouverné par des autorités militaires de transition qui ont reformulé, en actes et en discours, les termes de la légitimité politique. Cet article examine cette reformulation à partir d'un corpus raisonné de vingt énoncés publics (2020-2025), attribués à six catégories d'acteurs pouvoir militaire, exécutif civil de transition, dispositifs délibératifs, acteurs internationaux, opposition et publics et codés (le corpus) selon une grille en sept dimensions. Trois régularités se dégagent. D'abord, la démocratie procédurale n'est pas abandonnée mais substituée par les consultations des « forces vives » qui tiennent lieux et places des compétitions électorales. Ensuite, le langage procédural a changé de camp : il est devenu l'idiome des acteurs extérieurs et de l'opposition, tandis que les détenteurs du pouvoir parlent le langage du résultat sécuritaire et de la souveraineté. Enfin, le remplacement du calendrier électoral par la « pacification » comme terme du mandat transforme une horloge publique en jugement du titulaire du pouvoir en l’occurrence le comité national pour le salut du peuple (CNSP). Les données d'opinion (Afrobarometer, 2022-2024) révèlent une acceptation conditionnelle, non un rejet de l'idéal électoral. L'hypothèse d'une mutation paradigmatique est donc confirmée pour les discours de pouvoir et rehaussée pour les attentes populaires : la « mutation » tient moins à un remplacement de la procédure par la substance qu'à leur dissociation. Nous proposons de qualifier ce régime de légitimation de légitimité sous condition résolutoire.        

Mots-clés : Mali ; démocratie ; légitimité ; transition militaire ; souveraineté.

Democracy in a state of emergency : an analysis of the reconceptualisation of democratic legitimacy under the C.N.S.P. regime, from 2020 to 2025 

 

 

Abstract

Since August 2020, Mali has been governed by transitional military authorities who have redefined, through their actions and rhetoric, the terms of political legitimacy. This article examines this reformulation on the basis of a carefully selected corpus of twenty public statements (2020–2025), attributed to six categories of actors (the military, the civilian transitional executive, deliberative bodies, international actors, the opposition, the public opinion) and coded according to a seven-dimensional framework. Three patterns emerge. Firstly, procedural democracy has not been abandoned but replaced by consultations with the “driving forces”, which take the place of electoral contests. Subsequently, procedural language switched sides: it became the language of external actors and the opposition, whilst those in power speak the language of security outcomes and sovereignty. Finally, the replacement of the electoral timetable with “pacification” as the term of office transforms a public clock into a measure of the incumbent’s performance, in this case, the National Committee for the Salvation of the People (CNSP). Opinion poll data (Afrobarometer, 2022–2024) reveal conditional acceptance, not a rejection, of the electoral ideal. The hypothesis of a paradigmatic shift is therefore confirmed in the discourse of those in power and reinforced in popular expectations: the ‘shift’ stems less from a replacement of procedure by substance than from their dissociation. We propose to characterise this regime of legitimation as legitimacy subject to a resolutory condition.  

Keywords: Mali; democracy; legitimacy; military transition; sovereignty.

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Publiée

2026-10-12

Comment citer

Sidi Boubacar DIANE. (2026). La démocratie saisie par l’exception : analyse de la reconceptualisation de la légitimité démocratique sous le régime du C.N.S.P., de 2020 à 2025 . African Scientific Journal, 3(38). https://doi.org/10.5281/zenodo.23315503